Ecoutons notre ami Leon Verreydt nous parler de Pogge, le héros schaerbeekois :
« De son vrai nom Pierre De Cruyer, Pogge naquit à Ternat le 19 juillet 1821 et débuta sa vie comme domestique. Quelques années
plus tard, ayant tiré le mauvais numéro,il fut incorporé pour un terme de cinq ans dans la réserve de recrutement,
comme milicien de la levée de 1840 ; d’après son livret militaire, il ne manifesta que très peu d’enthousiasme
pour la carrière des armes, à en juger par la fréquence de ses absences.
Le 4 mai 1855, en l’église Saint-Servais, il épousa Anne-Catherine Crabs, une Dieghemoise de son âge, qui lui donna cinq
fils, dont seul le second aussi prénommé Pierre survécut. La famille De Cruyer vivait dans
une petite maisonnette à un étage (emplacement occupé aujourd’hui, par le 394 de la chaussée de Haecht).
Sur le côté, dans un petit coin, vivait un petit âne, un des représentants de ceux qui valurent aux schaerbeekois le surnom
familier, dont ils se parent sans déplaisir.
Notre ami Pierre De Cruyer et son fidèle compagnon, accompagnaient souvent les nombreux maraîchers schaerbeekois
vers la capitale. C’est vers cette époque qu’il fut surnommé « Pogge » abréviation de « Pouchenelle » ou « Poesjenel »,
car il était de petite taille (1m57, d’après son carnet militaire). De plus, les lourds travaux, l’âge et une complexion lui ont voûté
le dos, ce qui le fait paraître encore plus petit ! Petit homme, donc, mais grande âme ! Pogge était aussi très philanthrope
à sa manière, foncièrement honnête, il travaillait à l’usine à gaz, rue du Marché à Schaerbeek. Un jour l’employé payeur,
lui remit par distraction une cartouche de pièces d’or, notre ami, s’empressa de la rapporter, ses amis s’imaginèrent qu’il
était fou.
En 1883, époque de son veuvage, il fréquenta plus assidûment les estaminets des environs et levait inlassablement verres de gueuze ou de faro, en compagnie de son ami surnommé Jefke. Au soir de sa vie, notre héros, assis devant son porche, attendait les visiteurs. Il rendait
souvent justice à tous ceux qui recouraient à ses lumières, accentuant son irrévocable sentence par « Alles es just » (tout
est juste), d’un invariable geste latéral du bras droit. Les gosses du quartier, moins respectueux, lui tapotent le crâne dénudé
et le surnomment « Pogge de Boer ». Pogge, sentant décliner ses facultés, se retira à l’asile des vieillards, situé au 266 de la rue Haute à Bruxelles, où il rendit le dernier soupir le 16 juin 1890, étant âgé alors de 70 ans, 10 mois et 28 jours. »
Soulignons qu’une statue de Pogge trône également à Houffalize, commune jumelée avec Schaerbeek. Notre Président et Echevin Etienne NOËL lui avait d’ailleurs rendu une visite « officielle », en compagnie des autorités locales…